Qui va gagner la Route du Rhum en Ocean Fifty ?

Pour présenter les forces en présence de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2026, se sont prêtés au jeu en Ocean Fifty plusieurs marins ayant navigué sur le support, Audrey Ogereau, Erwan Le Roux, Gaston Morvan, Thomas Rouxel et Yann Éliès, ce dernier ayant également officié comme directeur de course des 24h Ultim fin septembre, il route aussi Anne-Claire Le Berre.

Ils sont dix à s’élancer cette année, une participation record pour la flotte des Ocean Fifty. Si le tenant du titre, Erwan Le Roux, a dû renoncer à la dernière minute, faute d’avoir bouclé son budget, tous les autres skippers – dont neuf bizuths sur le Rhum sur ces bateaux – ont répondu présent. Un seul fait l’unanimité de nos experts lorsqu’il s’agit de désigner le favori, le benjamin de la flotte (24 ans), Basile Bourgnon (Edenred), vainqueur des deux courses en solitaire de la saison, la Drheam-Cup et les 24H Ultim. « Pour moi, c’est le favori incontestable, le plus évident de toutes les classes, résume Gaston Morvan, on a l’impression que tous les voyants sont au vert pour lui. »

Pour Thomas Rouxel, « c’est vraiment le combo idéal entre le bateau le plus performant de la flotte et un des marins capables de mettre le plus d’engagement », tandis qu’Erwan Le Roux note : « Basile a vraiment l’air en forme, c’est un gamin bien câblé qui a tout pour lui, on a l’impression que rien ne va l’arrêter et qu’il a fait ça toute sa vie, c’est tellement joli à regarder… » Pour Audrey Ogereau, qui avait renoncé en début d’année à s’aligner sur le Rhum à bord de Koesio, « Basile a été bien formé, il y a forcément un peu d’inné chez lui, mais aussi beaucoup d’acquis avec toutes ses années en Mini, en Figaro, en Class40 aux côtés de Manu (Emmanuel Le Roch, le team manager de l’équipe Edenred), il a certes franchi toutes les étapes un peu vite, mais c’est parce qu’il est fort ».

Le fils de Laurent Bourgnon, seul double vainqueur du Rhum au scratch (1994 et 1998), dispose également, selon Gaston Morvan, qui a navigué sur Edenred, dernier-né de la flotte (plan Neyhousser mis à l’eau en juillet 2025), d’un bateau « taillé pour le Rhum, j’ai pu constater à quel point il était plaisant à naviguer, on se sent safe et on a l’impression qu’on peut facilement appuyer sur l’accélérateur ». Et ce dernier d’ajouter : « Ce serait chouette que Basile gagne par rapport à son père, un beau clin d’œil de faire une photo sympa en Guadeloupe à l’avant de son trimaran, c’est quelque chose qui doit aussi le stimuler. »

Difficile de trouver un contre-argument à la domination annoncée d’Edenred, même si Erwan Le Roux interroge : « S’il ne lui arrive rien, il a toutes ses chances, mais je n’en suis pas du tout sûr, car je trouve qu’aujourd’hui, certains tirent sur les bateaux comme jamais, un peu au-delà des limites, et notamment les favoris de cette Route du Rhum. »

Pierre Quiroga et
Baptiste Hulin en embuscade

Le double vainqueur du Rhum (2014 et 2022) inclut dans ces favoris celui que nos experts mettent sur la deuxième marche du podium, Pierre Quiroga (Wewise, 34 ans), « un solitaire dans l’âme et un excellent régatier offshore, qui s’est vraiment bien préparé cette saison, notamment physiquement, il a passé pas mal de temps à Pornichet et peu dans le Sud, c’est un signe« , sourit Audrey Ogereau.

« Son petit point faible, c’est son bateau, plus ancien et peu lourd (plan VPLP de 2018), mais à l’échelle du Rhum, il va réussir à gommer tout ça », estime quant à lui Yann Eliès. « Son bateau est un peu moins compétitif que celui de Basile, mais avec son côté 4×4, il fait jeu égal dès qu’il y a des conditions de portant« , complète Gaston Morvan, tandis que Thomas Rouxel déplace le débat : « Vu les conditions du début de course qui devraient lisser les performances des bateaux, l’engagement que vont mettre les skippers va être un élément clé, et là-dessus, un gars comme Pierre Quiroga a montré qu’il n’avait vraiment pas peur d’y aller. »

Ce qui est également le cas à ses yeux de Baptiste Hulin (Viabilis Océans, 29 ans), avec lequel Thomas Rouxel a remporté il y a un an la Transat Café L’Or et qui complète le podium de nos experts. « En Ocean Fifty, c’est capital d’avoir confiance en soi et en son bateau, de savoir où est la limite, ce qui est le cas de Baptiste, commente Audrey Ogereau. Viabilis Océans est en plus taillé pour la brise et il a bien développé son habitacle, avec plein de petites astuces bien pratiques pour être plus confort. » Pour Yann Éliès, « Baptiste a vachement progressé depuis deux ans, il a franchi toutes les étapes les unes après les autres, il est sérieux et gère bien son projet ».

Quatre bons outsiders

Nos experts citent par ailleurs plusieurs outsiders, en commençant par le doyen de la flotte et seul à avoir couru le Rhum en multicoque de 50 pieds (3e en 2018, chavirage en 2022), Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton by Delanchy, 48 ans). « Je pense que c’est un gros avantage, parce qu’il a vécu la pression du début de course où tu ne dors pas pendant trois jours. Même si tu es routé, à un moment donné, quand tu es cramé et que tu as les yeux tout rouges, tu risques de faire un tout droit », note Erwan Le Roux.

« Capable de faire de bonnes étincelles, bien préparé, avec un beau bateau et une bonne équipe », selon Gaston Morvan, Matthieu Perraut (Elvest, 36 ans), deuxième en septembre des 24H Ultim, est jugé « assez surprenant » par Yann Eliès, « parce qu’il a chaviré l’année dernière (sur la Transat Café L’Or), je pensais qu’il serait un peu plus impacté, ça ne semble pas le cas ». Erwan Le Roux considère quant à lui Erwan Le Draoulec (Lazare x Hellio, 29 ans), comme « un très gros outsider«  au vu des conditions du début de course au portant qu’il estime taillées pour son plan VPLP. « Un bateau sport, peut-être le plus dur à gérer en solitaire », selon Gaston Morvan, mais sur lequel le skipper, lui aussi victime d’un chavirage au début de la Transat Café L’Or 2025, « semble de mieux en mieux ».

Yann Eliès mettrait de son côté bien une pièce sur « le petit Léonard (Legrand, Sodebo Fifty, 32 ans), un gars sérieux et pétillant, l’équipe Sodebo a fait un travail formidable sur son bateau avec lequel j’ai gagné la Jacques Vabre en 2013 avec Erwan Le Roux ». Un Erwan Le Roux qui interroge cependant « le choix de rester capot ouvert (le cockpit est très peu protégé), sur une course comme le Rhum, où il faut aller se faire à bouffer et dormir pour garder de l’énergie, à un moment donné, ça risque d’être compliqué ». Enfin, Audrey Ogereau trouverait « chouette » que la première femme à disputer le Rhum en Ocean Fifty, Anne-Claire Le Berre (Upwind by MerConcept, 44 ans), « soit dans le coup, elle en a les moyens parce qu’elle se fait de plus en plus confiance et commence à bien appréhender son bateau ».

Le podium de nos experts : 1. Basile Bourgnon, 2. Pierre Quiroga, 3. Baptiste Hulin

Photo : Jean-Baptiste D’Enquin / Vincent Olivaud

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