Qui va gagner la Route du Rhum en Ultim ?
Comme avant chaque grande course, Sailorz a sollicité un panel d’experts pour présenter les forces en présence de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2026 en Ultim. Se sont ainsi prêtés au jeu Thomas Rouxel, fin connaisseur des trimarans pour avoir longtemps navigué avec Thomas Coville, Yann Eliès, directeur de course des 24H Ultim et entraîneur au pôle Finistère Course au large, Pierre-Marie Bourguinat, rédacteur pour la course, et Gaston Morvan, qui fait partie de la cellule de routage de SVR-Lazartigue.
Avec huit solitaires au départ, dont une femme, Alexia Barrier (Idec Sport CIC, 46 ans), une grande première, la classe Ultim n’a jamais été autant représentée sur la Route du Rhum. Avec cependant deux divisions, puisque trois, cette dernière, Louis Burton (Armand Thiery, 41 ans) et Guirec Soudée (Liamm, 34 ans), qui s’élancent sur des bateaux anciens, ne sont jamais cités par nos experts quand il s’agit d’évoquer les prétendants au podium.
Parmi les cinq autres, le tenant du titre, Charles Caudrelier, est considéré hors catégorie par nos experts qui ne savent pas trop comment le situer, dans la mesure où son Maxi Edmond de Rothschild, mis à l’eau en février dernier, dispute sa toute première course, qui plus est en solitaire. « Je ne le mets nulle part parce que j’ai vraiment l’impression qu’ils vont être trop courts, estime ainsi Yann Eliès. C’est vrai que les conditions météo qui se profilent peuvent lui permettre d’espérer arriver au bout, voire gagner, mais c’est hyper difficile à juger car on ne les a pas vus, on ne sait pas s’ils sont capables de faire 24 heures sans casser quoi que ce soit. »
« Même si on sait que potentiellement, c’est le bateau le plus performant, il est quand même très récent et très innovant, analyse Thomas Rouxel. On les a vus beaucoup bricoler sur les appendices, on a tous des doutes sur leur capacité à tenir sur cinq à sept jours. » Gaston Morvan se montre de son côté plus prudent : « Gitana, c’est le facteur X ; jusqu’ici, ils font les choses un peu cachés, mais j’ai l’impression que Charles commence à avoir le sourire sur les pontons, ça doit être bon signe. Pour moi, il est capable de gagner avec un jour d’avance comme de ne pas terminer, c’est quand même une grosse équipe qui bosse bien et le schéma météo du début de course, assez simple, est optimal. La suite s’annonce en revanche plus compliquée avec des transitions dans lesquelles il peut être plus dans le dur. »
Pierre-Marie Bourguinat ajoute : « Ce dont je suis sûr, c’est que si l’équipe a décidé d’engager le bateau, c’est qu’ils ont en tête qu’ils peuvent d’abord finir, ensuite gagner. J’ai croisé Charles aux Voiles de Saint-Tropez, il avait l’air de dire que Gitana 18 avait un très gros potentiel, mais qu’il y avait vraiment un mode d’emploi à retrouver, pas du tout le copier-coller de celui de Gitana 17. C’était pour lui le principal frein, il pensait forcément aux transitions où il risque d’être pénalisé par rapport aux bateaux hyper aboutis. »
Un match Laperche/Le Cléac’h
« Dans ces phases de transition, Banque Populaire et SVR seront un peu plus avantagés« , confirme Thomas Rouxel, deux bateaux que nos experts ont beaucoup de mal à départager au moment de donner leur favori, au point qu’à la moyenne de leurs pronostics, ils sont à égalité. « Les machines sont hyper proches, Armel et Tom aussi, ils ont tous les deux besoin d’une grande victoire en solitaire en Ultim, ça va se jouer sur du détail entre eux« , résume Pierre-Marie Bourguinat. Certains donnent un léger avantage à Armel Le Cléac’h (49 ans), d’autres à son jeune rival (29 ans), avec des arguments qui se défendent de part et d’autre. « Je trouve qu’Armel arrive vraiment à maturité sur son bateau, j’ai navigué dessus en stage à Port-la-Forêt, je l’ai trouvé bien stable, et puis Armel est en mission, la Route du Rhum, c’est vraiment le truc qui lui manque », note Yann Eliès.
« Je mets un petit plus en termes de fiabilité sur Banque Populaire, parce que cette année, SVR-Lazartigue a quand même eu beaucoup de soucis, même si ce n’était pas toujours de leur faute, puisqu’ils ont tapé des trucs », complète Thomas Rouxel, qui fait notamment référence à la casse du foil tribord début septembre, remplacé pour le Rhum par le foil V1. Ce dernier ajoute cependant : « Et pour autant, c’est quand même SVR qui gagne les 24H Ultim« , soit la seule confrontation de la saison en course.
Ce que note également Gaston Morvan : « Banque Pop est peut-être un poil plus simple et costaud que les autres, mais dernièrement, il a toujours été derrière SVR. Pour l’avoir constaté de mes yeux, je trouve que l’équipe de Tom est dans une bonne dynamique, ça progresse, grâce notamment à l’apport de Franck (Cammas), qui met une énergie de dingue quand il s’investit dans un projet. J’ai l’impression que le bateau est un peu plus rapide par moments que ses concurrents, maintenant, il faut qu’il reste intact pendant six jours ! »
« Il ne faut jamais enterrer
Thomas en solitaire »
Sur le podium, à égalité avec Charles Caudrelier, nos experts placent Anthony Marchand (Actual Ultim 3, 41 ans) qui, selon Yann Eliès, « commence à prendre la mesure » de son bateau, l’ancien Gitana 17, « qui a gagné le Rhum la dernière fois, c’est une bonne monture », complète Gaston Morvan. « Comme Franck avec Tom, Antho bénéficie de l’accompagnement de Pascal Bidégorry qui est typiquement le genre de profil qui fait monter un projet et une équipe d’une marche », estime Pierre-Marie Bourguinat, tandis que Thomas Rouxel ajoute : « Sur le papier, il n’a pas pour le moment les performances à la hauteur du niveau du marin et du bateau, mais il peut clairement jouer un podium, voire mieux, si ça se complique techniquement pour SVR ou Banque Pop. »
Quid de Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) qui, à 58 ans, s’apprête à disputer son huitième Rhum de suite, sans doute son dernier ? « Il ne faut jamais enterrer Thomas en solitaire, il aura évidemment à cœur de finir avec la manière, mais il y a quand même un delta de perf manifeste entre son bateau et les autres, qu’on a encore vu aux 24H Ultim. Sur un sprint de 6-7 jours, ça risque d’être difficile pour lui, malgré tout son talent, son expérience et sa fougue », répond Pierre-Marie Bourguinat.
« Il ne doit pas être mécontent de la météo, car au portant, il arrive à rivaliser avec les autres », nuance Gaston Morvan, tandis que Thomas Rouxel met en avant le Jules Verne réussi l’hiver dernier par le bateau : « C’est un gros atout en termes de fiabilité, même si, depuis ils ont changé les foils, or, ces bateaux sont tellement complexes que dès que tu fais des modifications substantielles, tu redécales le curseur de la fiabilité. » Yann Eliès se montre de son côté assez circonspect : « Que ce soit en entraînement ou aux 24H Ultim, ils ont affiché des performances vraiment en deçà des autres malgré l’arrivée de nouveaux foils. »
Le podium de nos experts : 1. Armel Le Cléac’h et Tom Laperche, 3. Charles Caudrelier et Anthony Marchand
Photo : Ultim Sailing
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